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secteurs public et privé : Le gouvernement fait l’état des lieux de la situation économique et financière
Le gouvernement entend désormais associer toutes les couches de la nation à la gestion des affaires publiques. Dans cette logique, le chef de l’Etat, le président Boni Yayi et presque tous les membres du gouvernement ont rencontré hier, mercredi 23 août, toutes les couches de la société à qui il a présenté la situation économique et financière du pays, afin de recueillir les contributions des uns et des autres pour de meilleures performances. C’était au centre international de conférences à Cotonou en présence des présidents et représentants des Institutions de la République.
Par Bruno SEWADE
« Le peuple nous a chargé d’une double mission. La première est de conduire la démocratie actuelle à une démocratie adulte par le renforcement de la culture démocratique, le renforcement des institutions et le renforcement de l’opposition. La seconde mission est de réussir à faire du Bénin, un pays émergent ». Partant de ces propos, le chef de l’Etat, le président Boni Yayi a situé l’objet de la séance qui a regroupé hier mercredi au centre international de conférences les membres du gouvernement et les différentes couches de la nation.
L’objectif en tenant cette séance de concertation est de faire avec les différentes couches une même lecture de la situation économique et financière du pays. Car, pour apprécier cette situation, le président de la République estime que la nation doit être une et indivisible.
A cet effet, il faut, selon lui, une gouvernance concertée en maintenant un dialogue permanent avec tous les acteurs économiques, sociaux, politiques, les confessions religieuses et autres. Ce dialogue permanent, précise le chef de l’Etat, sera institutionnalisé comme c’est le cas dans les grandes démocraties. Pour le président Boni Yayi, si on parle de miracle mauricien, botswanais, c’est au prix de ces genres de concertations. « Et c’est possible de le faire au Bénin ». Autrement dit, il s’agit de créer les conditions pour que les décisions qui seront prises soient acceptées de tout le monde. C’est pourquoi, cette séance de concertation a été organisée pour analyser ensemble la situation économique et financière du pays, s’interroger sur l’avenir, et peut-être sur l’immédiat et recueillir la contribution de chacun. Le cadre de concertation ainsi créé se réunira chaque semestre pour analyser les situations. Après cette introduction du chef de l’Etat, le ministre du Développement, de l’Economie et des Finances, Pascal I. Koupaki a fait un exposé en quatre points :
- la situation économique et financière du pays à la veille de l’investiture du président Boni Yayi le 06 avril 2006 ;
- les principales actions entreprises depuis le 10 avril 2006 ;
- l’état des lieux dans les ministères,
- des éléments de perspectives.
Etat des lieux
La situation économique et financière présentée par le ministre Pascal Koupaki montre une insuffisance de croissance économique qui se caractérise par une baisse tendancielle du Produit intérieur brut (PIB) qui est passé de 6,2% en 2001 à 2,9% en 2005. Aux dires de Pascal Koupaki, cette situation est due à un ensemble de facteurs. Au nombre des facteurs, il énumère la lenteur dans les réformes structurelles et institutionnelles, l’insuffisance d’infrastructures économiques, la faiblesse de la diversification de l’agriculture, l’indisponibilité des facteurs de production et leur coût élevé de ces facteurs rendant le pays non compétitif par rapport au voisin de l’est ; l’absence des produits pétroliers avec un secteur industriel embryonnaire.
Les autres éléments se retrouvent dans l’évolution de la situation budgétaire. On y note une augmentation rapide des dépenses publiques par rapport aux recettes publiques, ce qui se traduit par un niveau de déficit enregistré ; la mauvaise gestion des finances publiques qui s’est traduite par une accumulation d’arriérés de paiement de dettes intérieures de l’ordre de 55 milliards F CFA sans compter les arriérés de fonds routiers d’à peu près 14 milliards F CFA. Cette dernière dette empêche le démarrage de certains chantiers, a précisé le ministre Pascal Koupaki. Aussi, les ordres de paiement reçus par les ministères et qui n’ont pas été apurés depuis 2001 s’élèvent-ils à 201 milliards de francs CFA. Autres éléments caractéristiques, c’e sont les arriérés salariaux. La dette de l’Etat vis-à -vis des agents permanents de l’Etat est de 190 milliards de francs CFA. Ce sont là autant d’éléments de la gravité de la situation économique et financière du pays.
Une fois la mesure de cette situation prise, le gouvernement selon le ministre Pascal Koupaki a entrepris des actions vigoureuses. Au titre de ces actions, il y a l’amélioration de la gouvernance. Un des éléments de cette amélioration de la gouvernance, est l’audit généralisé dans les ministères y compris les établissements publics qui sont au nombre d’une soixantaine. A propos des ordres de paiement, un audit a été également engagé avec le concours de la Banque mondiale et la participation de la chambre des comptes. Les actions ont été renforcées au niveau de l’assainissement des finances publiques. Ainsi, il a été mis en place un comité qui suit l’évolution de la trésorerie de l’Etat afin de tout faire pour qu’il y ait moins de décalage entre les recettes et les dépenses publiques. Un plan d’apurement de la dette intérieure a été également mis en place pour pouvoir injecter de l’argent dans l’économie afin de la relancer progressivement.
Le troisième point de l’assainissement des finances publiques, c’est le respect de la procédure d’engagement des dépenses et l’interdiction de recours excessif à la procédure des ordres de paiement. Ainsi entre le 10 avril 2006 et le 22 août dernier, les ordres de paiement émis par le ministère du Développement de l’Economie et des Finances s’élèvent seulement à 50 millions de francs CFA et qui, selon le président de la République est trop.
Quant à l’état des lieux dans les ministères, il est achevé et le chef de l’Etat aurait déjà instruit le secrétaire général du gouvernement pour programmer l’examen des rapports. Ce qu’on note en général selon Pascal Koupaki, c’est que dans de nombreux cas, il y a le non respect des procédures aux plans administratif, budgétaire et financier. On note également dans certains cas des recours à des comptes hors budget non autorisé. Par ailleurs, s’agissant des projets, les inspecteurs généraux des finances ont noté des irrégularités dans leur gestion et un manque de suivi de leur exécution, ce qui se traduit par un taux d’exécution inférieur à 40%.
Au titre des passations des marchés, le ministre du Développement de l’Economie et des Finances fait remarquer qu’il y a des dysfonctionnements importants. Il y a des surfacturations tous azimuts, consultations tronquées, fractionnements de commandes afin de contourner les appels d’offres, accélération du rythme de consommation des crédits au cours du premier trimestre de 2006 comme les années précédentes, acquisition de biens ne correspondant pas aux besoins, etc. .. Par ailleurs, il est noté une dissimulation des matériels roulants avant leur reforme et la disparition d’autres équipements.
Les perspectives
Au-delà des actions qui ont été entreprises, le gouvernement a en vue des perspectives. Il s’agit de faire du Bénin un pays émergent. Autrement dit, à côté du renouveau politique qui est déjà un acquis, faire un renouveau économique. Ce renouveau va se reposer sur cinq piliers. D’abord une gouvernance avec une administration publique de développement, la stabilité du cadre macro-économique, une bonne politique globale et un développement à la base. Mais à côté de ces piliers, il y aura des politiques transversales telles que la politique de l’emploi.
Face à ce tableau sombre présenté par le ministre Pascal Koupaki, les représentants des différentes couches de la société n’ont pas manqué de faire leur appréciation. Si pour les membres de la société civile, les opérateurs économiques et les confessions religieuses, l’initiative d’une telle séance de concertation est à saluer, les responsables des centrales syndicales s’interrogent sur la légitimité de ce cadre de concertation. Car, pour eux, les revendications des travailleurs risquent d’être vues sous un angle global.
Prenant en compte cette préoccupation des syndicats, le chef de l’Etat et les membres du gouvernement ont reconnu que ce ne sont pas encore les négociations gouvernement/syndicats. Le ministre Pascal Koupaki a précisé aux syndicats qu’on ne peut pas faire le développement sans valoriser les ressources humaines. C’est pourquoi, la question de l’éducation soulevée par les syndicats selon le ministre sera prise en compte par le budget 2007.
Source : gouv.bj |
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